decembrie 13, 2011

Invitation. Lyon. Les colindes roumains. Ecouter. Chanter.


Bonjour.
Que faites-vous ce prochain samedi, en soirée ? Peut-être qu’après une journée harassante à parcourir les magasins à la recherche de l’impossible énième cadeau, aspirerez-vous à une soirée de repos devant la télévision ? Ou peut-être passerez-vous la soirée entre amis ? Ou peut-être encore aurez-vous envie d’écouter quelque belle musique pour vous mettre déjà dans une ambiance de fête et préparer Noël ?
Dans ce dernier cas, j’ai probablement ce qu’il vous faut.
Connaissez-vous les colinde ? – Un colindă (colinde au pluriel) est un chant de Noël roumain, chanté ou quelquefois aussi déclamé. Le mot remonte loin dans le temps puisqu’il se rattache aux "calendes" du calendrier romain. Si la tradition tend à se perdre dans les villes, elle subsiste encore dans les villages de Roumanie.
La dernière semaine de l’avent, femmes et filles regarnissent la maison de propre et de neuf et commencent à préparer la nourriture festive pour les colindători, les chanteurs-quêteurs : sarmale, boulettes de viande enveloppées dans une feuille de vigne ou de chou, cozonacii, sortes de brioches garnies, colăcuţi (petits colaci), pains rituels portant un sceau au monogramme du Christ, qui existent aussi chez nous dans certaines régions, notamment le nord de la France ou la Belgique, sous des noms variés (cougnou, quéniole, cuniole, coquille, quénieu…).
Lors de la veillée du 24 décembre, les groupes de colindători vont se succéder par ordre d’âge croissant. D’abord les tout-petits, les enfants très jeunes, de trois à cinq ans, accompagnés d’un aîné ou d’un parent. Pour la nuit de Noël ils chantent sur un ton très simple un court texte tel que celui-ci :
Deschide uşa creştine !
S-a născut Domnul Histos !
Ouvre la porte, chrétien !
Car le Seigneur Christ est né !
Viennent ensuite des groupes de garçonnets un peu plus âgés, de cinq à dix ans, puis ceux de jeunes âgés de dix à treize ou quatorze ans. Les chants qu’ils produisent sont plus longs, les références chrétiennes plus détaillées. On y discerne mieux comment la pensée locale s’y exprime tantôt par des formules qui lui sont propres, tantôt par les formules que la langue d’Eglise propose. Tel ce texte :
Deschide uşa creştine !
Că venim din nou la tine
Drum-i greu şi-am obosît
De departe am venit
Şi la Viflaim am fost
Unde s-a născut Hristos
Şi am văzut şi pe-a sa mama
Pe care Maria-o cheamă
Cum umbla din casă-n casă
Ca pe fiul ei să-l nască
Umble-n sus şi umbla-n jos
Ca să-l nască pe Hristos
Umbla-n jos şi umbla-n sus
Ca să-l nască pe Jesus
Mai tîrziu găsi apoi
Un staul frumos de oi
Şi acolo pe fin jos
S-a născut Domnul Hristos
Ouvre la porte, chrétien !
Car nous venons à nouveau chez toi
La route est dure et nous sommes rompus
Nous sommes venus de loin
Et nous avons été à Bethléem
Là où est né le Christ
Et nous avons vu aussi sa mère
Laquelle on nomme Marie
Comme elle allait de maison en maison
Pour donner naissance à son fils
Elle allait en haut, elle allait en bas
Pour donner naissance au Christ
Elle allait en bas, elle allait en haut
Pour donner naissance à Jésus
Plus tard elle trouva
Une belle étable de brebis
Et là sur le foin en bas
Est né le Seigneur Christ
Vers neuf heures du soir des groupes mixtes de jeunes gens, âgés de seize ans au moins, apparaissent à leur tour, chantant et quêtant, ne manquant pas de faire savoir qu’ils attendent en remerciement de leur chant autre chose que quelques fruits : de la nourriture carnée plus substantielle, du cărnaţi (saucisson), et de l’alcool plus stimulant, horincă (prunelle).
Vient alors l’heure de se rendre à la messe de minuit. Là, c’est au prêtre et au chantre d’officier dans la langue de l’Eglise. Mais les cantiques chantés entre les pièces liturgiques sont nommés aussi colinde, bien qu’ils n’entraînent, dans l’église, aucune déambulation rituelle.
La messe entendue et chantée, chacun rentre chez soi, et les colinde reprennent. C’est au tour maintenant de bandes d’hommes et de femmes mariés. Leur aire de déplacement n’est plus seulement le quartier, mais le village dans sa globalité. Pour ces groupes, la réciprocité est de règle. Si un voisin est venu chez moi, moi je dois me rendre chez lui. C’est cela toute la nuit. Personne ne dort la nuit. Viendront enfin les vieux et les vieilles, en sorte que tout le monde est impliqué dans ce système d’échange généralisé.
d'après Jean Cusenier, Mémoires des Carpathes (dans un village du nord de la Roumanie, en 1991)
Pour une illustration sonore et visuelle :
Voilà. Vous savez donc tout maintenant, ou presque, autant que moi en tous cas, sur les colinde, ces chants de Noël roumains et sur les traditions qui y sont associées – ou qui l’étaient car le monde évolue à grande vitesse, là-bas aussi. Si ces chants éveillent votre curiosité et si donc vous cherchez comment bien employer votre soirée de samedi 17 décembre, l’invitation ci-dessus est faite pour vous.